![]() |
Daniel Boulogne |
I - Les préparatifs |
I - Les préparatifs à Paris avant le départ pour Berlin
De l'autre côté, rien. Rien que le béton nu, gardé par les Vopos. Le martèlement du pas des patrouilles. Des miradors. Des rouleaux de fil de fer barbelé. Des projecteurs qui trouent la nuit. Et parfois le crépitement d'une rafale de mitraillette : au moins soixante-dix personnes ont trouvé la mort au pied du mur. Rien que le béton nu et je n'y avais pas pensé. Jai réalisé mon erreur, le 16 novembre 1989, en écoutant la radio : elle annonçait que des artistes de lEst avaient décidé de peindre le Mur. Cétait une semaine à peine après la première brèche dans le mur et ma résolution a été instantanée : je leur livrerais de quoi peindre. |
| Depuis 1961, le Mur avait fini par ressembler à une superposition de tags. Comme professionnel du bâtiment, je condamne les graffitis : ils sont aussi nuisibles qu'une taupe dans un potager. C'est touchant une taupe, sauf quand elle dévore vos radis et vos pieds de salade. Barbouiller de gribouillis un immeuble haussmanien en pierre de taille fraîchement ravalé est aussi criminel que de s'en prendre à la Vénus de Milo : la peinture pénètre au cur de la pierre qui est définitivement altérée. Bien sûr, on a le droit de considérer le tag comme le signe dune rébellion contre lordre établi et, à ce titre, le Mur face Ouest fait figure de tag sublimé ! Mais avec Jean Vérame, on estimait quau temps de la rage et de la révolte, devait succéder lappel à la paix que symboliserait un Mur aussi bleu quun Casque bleu. Le projet na pas abouti. Pas plus que celui que jai conçu avec Raymond Moretti : faire un mur devant le Mur, un mur-mur. On aurait tendu une toile sur des glissières et invité des artistes du monde entier. Ils auraient travaillé côte à côte une journée devant les télévisions de tous les continents. Ensuite, on aurait tout démonté et on aurait vendu les tableaux aux enchères. Un beau projet, mais lui aussi était tombé à leau. |